Soltani poursuivi à Fribourg, Nezzar à Genève : La Suisse paradis perdu des dirigeants algériens

2011/10/22

Soltani poursuivi à Fribourg, Nezzar à Genève : La Suisse paradis perdu des dirigeants algériens

Avant Nezzar, il y a eu Soltani. L’ancien ministre d’Etat et président du parti islamiste MSP, Bouguerra Soltani, 57 ans, fait toujours l’objet d’une plainte judiciaire en Suisse pour tortures présumées sur un journaliste algérien. Présent en Suisse en octobre 2009 pour une conférence sur l’Islam, M. Soltani a du fuir précipitamment Genève pour ne pas être entendu par les juges du canton de Fribourg. La Suisse paradis perdu pour les dirigeants algériens ? L’ONG TRIAL affirme avoir déposé 16 dossiers impliquant des responsables algériens et prépare plusieurs autres affaires du même tonneau.

Donc Soltani. Ancien militaire reconverti dans le journalisme, Anouar Malek, 38 ans, accuse depuis plusieurs années Bouguerra Soltani d’avoir supervisé une séance de tortures dont il dit être victime le 1 juillet 2005 au commissariat de police de Chateauneuf, sur les hauteurs d’Alger.

Le supplice du chiffon mouillé

Quelques heures plutôt, il avait été arrêté par la gendarmerie à son domicile puis conduit  dans une brigade où il a été copieusement rossé.

Malek raconte qu’au commissariat de Chateauneuf ses tortionnaires lui ont fait subir plusieurs sévices, notamment le supplice du chiffon mouillé, et lui ont fait boire de l’eau sale. A DNA, il avait raconté la scène à laquelle aurait donc assisté le chef islamiste.

Tu as vu comment ton heure est venue?

« Après m’avoir attaché à un banc, je vois Soltani entrer dans la cellule accompagné deux personnes en costume. Lui portrait un costumé d’été. Dans la cellule, il y avait aussi trois policiers. Soltani me dit : Tu as vu comment ton heure est venue ?’. Il m’accuse d’être un terroriste et d’être de connivence avec des responsables du MSP qui complotent pour le déstabiliser. Il me dit aussi : ‘Tu as voulu me mouiller dans une affaire avec Al Qaïda, maintenant c’est toi qui est accusé d’activité terroriste.’ La séance dure deux heures ou peut être plus… Ils ne m’ont rien épargné. »

Le journaliste affirme que le chef islamiste entendait se venger de lui pour avoir cité le nom de Soltani dans une enquête pour le compte de l’armée sur les filières de recrutement de volontaires algériens pour l’Afghanistan.

Installé en France depuis décembre 2006, Anouar Malek fait porter son dossier à la connaissance de TRIAL le 17 juillet 2009. Trois mois plus tard, l’affaire éclate.

Le couple Soltani en Suisse

Au milieu du mois d’octobre 2009, M. Soltani se rend en Suisse avec son épouse pour assister à un séminaire sur l’Islam prévu du 16 au 18 octobre dans le canton de Fribourg.

Quatre jours plutôt, TRIAL avait déposé une dénonciation pénale à son encontre auprès de l’Office des juges d’instruction du Canton de Fribourg. « La dénonciation pénale allègue des violations de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », explique l’ONG.

Le lendemain, 13 octobre, Anouar Malek dépose une plainte pénale contre M. Soltani auprès de l’Office des juges d’instruction. Sur ce, l’Office prend attache avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), afin de s’assurer que l’ex-ministre ne dispose pas d’une immunité diplomatique.

L’ex-ministre informé grâce à des fuites

Soltani n’étant pas couvert, Anouar Malek est donc entendu le 16 octobre 2009 à l’Office des juges d’instruction du Canton de Fribourg. Aussitôt, un juge d’instruction décide d’auditionner Soltani dès son arrivée sur le territoire fribourgeois.

Mais voila la procédure capote. Informé par des fuites de l’existence de la plainte – l’instruction pour déterminer l’origine des fuites a été relancée en septembre 2011 par Fabien Gasser, procureur -général à Fribourg- ; Bouguerra Soltani détale pour rentrer précipitamment en Algérie.

Il nie tout

En sécurité à Alger, il nie tout. Sa dérobade devant la justice suisse, l’existence d’une plainte contre lui, il nie même avoir connu son accusateur. « Je ne connais pas ce Anouar Malek du tout, se justifiait-il à l’époque. Ce n’est pas normal qu’il m’accuse alors que je ne le connais pas ».

Pour soutenir sa contre-accusation, Soltani affirme que des preuves et des documents attestent qu’entre le 28 juin et le 5 juillet 2005, période durant laquelle il aurait assisté aux séances de tortures, il s’était rendu au Yémen pour la 32eme session de la conférence islamique avant de gagner la Libye d’où il s’est envolé pour l’Algérie.

Vraies ou fausses accusations, une chose est sûre : Soltani ne remettra pas de si tôt les pieds sur le territoire suisse.

TRIAL prépare des dossiers de plaintes

Pas plus que beaucoup de dignitaires du régime. C’est que TRIAL a déjà déposé 16 dossiers qui impliqueraient des responsables algériens et que d’autres affaires sont en cours de préparation.

De quoi faire dégouter certains de la Suisse, de ses délicieux chocolats, de ses boutiques d luxe, de la douceur de son Lac Leman en été et de ses banquiers muets comme une tombe.

Farid Alilat

DNA 22/10/2011

LA SOURCE

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