Anouar Malek à L’Actualité : «Je n’ai pas pensé à qui profite mon geste»

2012/02/19

Anouar Malek à L’Actualité : «Je n’ai pas pensé à qui profite mon geste»

Anouar Malek n’a pas cherché l’appartenance des uns et des autres, Il s’est concentré sur sa mission dans le cadre de la ligue arabe pour mettre fin aux violences , sauver des vies et rester objectif pour rapporter toute la vérité.

L’Actualité : Quelles sont les raisons réelles qui vous ont poussés à quitter la délégation des observateurs de la ligue arabe ? 
Anouar Malek : Comme je l’ai dit sur toutes les chaînes du monde entier, j’ai démissionné, car cette délégation est devenue une pièce théâtrale qui ne rend service qu’au régime de Bechar Assad. Je ne souhaite aucunement faire dans les faux témoignages aux dépends d’innocentes victimes qui subissent les affres quotidiennement. Dieu merci, tout ce que j’ai dit a été prouvé par le temps, notamment ces derniers jours. L’Arabie saoudite a retiré ses observateurs, à l’instar de tous les pays du Golf et ensuite gelé la mission des observateurs et par la suite elle a été carrément suspendue. Le président de la commission, le général Dabi qui s’est permis de dire beaucoup de choses à mon encontre et à l’encontre de la révolution syrienne est finalement sorti par la petite porte, démissionnaire ou démis tout droit vers la décharge de l’histoire.

Qu’avez-vous constaté  exactement en Syrie pendant votre séjour et quelles sont vos conclusions ? 
J’ai vu des crimes de guerre pratiqués par le régime contre son propre peuple et cela se voit par les bombardements dont sont victimes les civils, en plus des kidnappings et de la torture sauvage et des exécutions sommaires sans justice et différentes atteintes à l’honneur humain. Des pratiques que nul être humain ne peut imaginer.  La conclusion principale reste, que le régime syrien est décidé d’aller au bout de sa logique et si ce n’était pas les éléments de l’armée syrienne libre (dissidents) qui protège quelque peu les civils dans les quartiers populaires, les choses serait terminées, il y a déjà un bon moment…

Avez-vous rencontré des opposants au régime d’Assad ? 
Certainement que je les ai rencontrés, ils font partie des civils mais aussi des militaires dissidents, comme le lieutenant Abderezak Talas, premier militaire dissident. J’ai été à  Homs et j’ai travaillé dans les quartiers les plus dangereux de la ville, comme Baba Amrou, El Khalidia, Bab Sebaa pour ne citer que ceux-là.

Appartiennent-ils tous au conseil national syrien ?  
Je n’ai pas cherché l’appartenance des uns et des autres, je me suis concentré sur ma mission dans le cadre de la ligue arabe pour mettre fin aux violences , sauver des vies et rester objectif pour rapporter toute la vérité. Mais, ce que j’ai constaté par rapport à certains slogans et certains dires, c’est que le conseil national est bien encré parmi la population, même si certains d’entres eux sont critiqués. Comme, j’ai constaté qu’ils vouent beaucoup de respect et suivent les orientations de personnalités sages à l’instar du Cheikh Adnane El Arour qui est considéré comme leur guide, surtout à Homs. Et d’autres aussi qu’on voit souvent défendre la cause du peuple syrien sur les différentes chaînes de télévision.

La saisine de la ligue arabe par le conseil de sécurité est-elle en faveur de la Syrie ? 
La ligue arabe a échoué et n’a pas réussit à atteindre les objectifs souhaités et ce pour différentes raisons dont la principale est que le régime syrien ne respecte pas la ligue arabe encore moins ses décisions. Et ce qu’a dit Bechar El Assad dans son discours du 10 janvier dernier le démontre pleinement.
Le peuple syrien est entrain de souffrir et crie au secours sous les bombardements et cherchent toutes les solutions possibles pour que cesse le massacre, même l’intervention militaire étrangère. Mon souhait était de voir la ligue arabe réussir dans ses démarches pour ramener le calme et faire cesser les exactions et montrer au monde que nous sommes capable de régler nos problèmes entre nous.
Cela dit, les régimes arabes s’étripent et chacun fait ses calculs et cela nedonne rien. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule alternative, celle de soutenir l’armée libre syrienne par tous les moyens et cesser cette guerre, face à l’entêtement du régime actuel à poursuivre ses actes de barbarie contre son peuple.

Aujourd’hui, plusieurs jours après  votre démission de la délégation, quelles sont vos impressions ? 
J’ai tiré la sonnette d’alarme par rapport à certains actes qui ont malheureusement eu lieu, parmi lesquelles, le régime syrien est coupable de plusieurs carnages après le départ des observateurs.
La réalité du terrain a fini par me donner raison et c’est pour ça que je dirais aujourd’hui encore que mes conclusions n’ont pas changés. Je suis convaincu plus qu’avant de la nécessité d’agir vite pour mettre fin aux crimes de guerre en Syrie.

Pensez-vous qu’il existe une manipulation de la crise syrienne, ou s’agit-il d’un authentique soulèvement populaire ? 
Je crois que le peuple qui a subi tant d’injustice, de dictature et différentes exactions durant plus de 40 ans, ne peut être manipulé, mais il s’est soulevé par sa propre volonté, encouragé par les différentes révolutions arabes qui ont eu lieu et qui ont réussi dont certains pays arabes.  Pour ce qui est de la thèse du complot et de manipulation qu’évoque le régime, n’est que mystification.
Une thèse avancée par certains dirigeants qui n’ont pas réussi, car la vérité est tout autre. Les régimes tyranniques pensent toujours que le reste du monde complote contre eux, même si le peuple demande seulement de quoi manger.

Quel commentaire faites-vous par rapport au véto russe et chinois ? 
Ce veto est un crime contre l’humanité, car, il est conçu comme une victoire pour le régime totalitaire aux dépends d’innocents civils.
L’obstination de la Chine et de la Russie sur ce choix est une implication dans le crime contre le peuple syrien et certainement, ceci aura de mauvaises retombées politiques sur les deux pays qui soutiennent toujours Assad. Les peuples arabes sont devenus plus conscients, sachant que ces deux pays ont des intérêts à défendre dans les pays arabo-musulmans.

Selon vous, quel impact aura la crise syrienne sur le Moyen-Orient? 
Assurément, si la situation ne s’améliore pas et que les choses n’évoluent pas vers une guerre sectaire que le régime veut établir de façon horrible, elle aura un impact énorme sur la région du moyen-orient.  Ainsi, la seule solution rapide qui doit être trouvée pour sauver le pays et la région, c’est le départ pur et simple du président Bachar El Assad et de son régime, et ce, avant qu’il ne soit trop tard. Les pays qui hésitent encore à soutenir cette option, seront les premiers à être touchés par les retombées négatives de ce conflit si la situation continue dans cette logique de pourrissement.

Certains pensent que vous avez suivi une feuille de route tracée par le Qatar. Quel commentaire faites-vous ? 
Beaucoup a été dit à mon sujet et que  pour certains je suis un terroriste et tueur d’enfants. Et je trouve que c’est naturel que mes positions se retrouvent face à ce genre d’accusations et une sale compagne à mon encontre avec des positions négatives et de ridicules analyses. Ce que j’ai entrepris est la raison qui a détruit les projets de Bechar El Assad qui voulait exploiter la mission des observateurs de la ligue arabe pour son propre compte. Lorsque j’ai pris ma décision j’étais en Syrie et je suis resté cinq jours de plus subissant différentes pressions et j’ai même été victime d’une tentative d’assassinat. Je n’ai aucunement pensé pour qui profitera mon geste, mais plus à la vérité qui doit être dite et montrée au monde entier que j’ai échoué dans ma mission de sauver les choses et les corriger à cause de l’entêtement du président de la commission le général Dabi qui a imposé sa façon de voir et ignorer tout ce qui vient en dehors des observateurs, qui sont les seuls qu’il écoute.

Et si la ligue arabe vous sollicite une autre fois pour une nouvelle mission,  accepteriez-vous ? 
Je ne le pense pas, car la ligue arabe à collaboré dans cette compagne qui m’a visé, même si elle a pris en compte toutes mes observations et qui ont été derrière la fin de mission de la délégation et le retour de Dabi chez lui. Cela dit, je ne cesserai d’apporter tout le soutien dont a besoin le peuple syrien. Tout ça en dehors des calculs des régimes et de leur programmes secrets aux dépends de la justice et de la vérité.

Propos recueillis par Nawel Kair

L’Actualité 19/02/2012

LA SOURCE

– نسخة من الجريدة الورقية PDF

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