TRIBUNE DE GENÈVE: La Ligue arabe accusée d’être de mèche avec Damas

2012/03/17

TRIBUNE DE GENÈVE: La Ligue arabe accusée d'être de mèche avec Damas

L’observateur démissionnaire de l’organisation panarabe envoyée à Damas accable le régime syrien. Et dénonce le rôle téléguidé des rapporteurs spéciaux.

L'Algérien Anouar Malek, réfugié politique en France depuis 2006, a été choisi pour participer à la mission d'observation de la Ligue arabe. Il en revient dépité, après avoir jeté l'éponge.

L’Algérien Anouar Malek, réfugié politique en France depuis 2006, a été choisi pour participer à la mission d’observation de la Ligue arabe. Il en revient dépité, après avoir jeté l’éponge.
Image: Reuters

«Il s’agit d’une mascarade. Le régime a mis en scène et fabriqué la plupart des choses que nous avons vues pour empêcher la Ligue arabe d’agir». C’est un témoignage accablant que livre, dans le quotidien algérien El Watan, l’observateur de la Ligue arabe de retour de Damas, après avoir abandonné la mission.

Cernés de toutes parts

Du coup, l’homme a les coudées franches pour témoigner de ce qu’il a vu de ses propres yeux. La mise en scène d’abord: «le ministre de l’Intérieur et le responsable des services secrets syriens, Asef Shawkat, présent dans le même hôtel» que la mission de la Ligue arabe, confie-t-il aujourd’hui au quotidien Le Temps. Pratique pour coller l’oreille à la porte: «un des mes homologues a trouvé un enregistreur sous son lit», dit-il encore au journal romand.

A en croire les statistiques officielles, la mission emmenée par le général soudanais Mohamed Ahmed Moustapha El Dabi a bel et bien eu des bâtons dans les roues pour faire son travail : sur les 500 observateurs initialement prévus, environ 160 sont allés en Syrie à ce jour. Et pour l’heure, l’envoi des équipes est suspendu. La faute aux violences qu’ils ont subies le 9 janvier dernier, sur le territoire syrien. Eux, comme les autochtones.

Le filtre gouvernemental

«Un véritable désastre humanitaire et des crimes en série». C’est ce qu’affirme avoir vu l’observateur algérien, qui explique aussi comment ses homologues et lui-même ne pouvaient s’en faire l’écho: «Ce que nous voyions durant nos visites dans les quartiers de Bab Amr ou d’Al-khaldiya (à Homs, ndlr), les obus, les tanks, les morts, disparaissait des rapports quotidiens envoyés à notre quartier général de Damas», dit-il au Temps.

Et surtout, il explicite pourquoi cet écho était dévoisé dès le départ. Les autres observateurs sont, pour la plupart, «des militaires [qui] n’aiment pas les opposants» et qui, de surcroît, sont originaires de pays traditionnellement de mèche avec Damas comme les Soudanais, la nationalité de celui qui chapeaute la mission. «Les 27 et 28 (décembre, nldr), j’ai fait équipe avec le chef de mission, ancien des services secrets, le général soudanais Mohammed Ahmed al-Dabi. Il m’a semblé prêt à faire le travail honnêtement. Les bombes tombaient. Il a téléphoné aux autorités pour que cela cesse. Deux jours plus tard, il avait complètement changé. Je suis sûr qu’il avait reçu des ordres», a confié l’homme au Temps. Et de dénoncer: «certains observateurs transmettaient d’abord les rapports à leur gouvernement avant de les donner au chef de mission.»

Bientôt «un autre témoignage capital»?

Anouar Malek est lui-même un ancien de la Sécurité militaire algérienne mais il est, depuis longtemps, reconverti en journaliste et écrivain. On connaît notamment son livre Les services marocains et leurs guerres secrètes contre l’Algérie qui révèle que lesmoukhabarates (services secrets) de Rabat, lors du conflit du Sahara occidental, tuaient les soldats qui refusaient de tirer sur les Sahraouis. Décrit comme «truculent et percutant» par la presse de son pays d’origine, l’Algérien promet d’apporter bientôt un autre «témoignage capital» sur le massacre des moines de Tibhirine en 1996, en Algérie.

 

LA SOURCE

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