Anouar Malek. Ancien observateur de la Ligue arabe en Syrie: Plusieurs responsables militaires et des soldats syriens ont fui

2013/08/30

Anouar Malek. Ancien observateur de la Ligue arabe en Syrie: Plusieurs responsables militaires et des soldats syriens ont fui

 Vous avez participé fin 2011 à une mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie dont vous avez démissionné, dans le cadre de laquelle vous avez passé plusieurs jours à Homs. Avez-vous gardé des contacts avec d’autres observateurs qui vous ont raconté, depuis, comment la situation a évolué ?

Je suis toujours en contact avec des observateurs mais aussi avec des militants sur le terrain, des responsables militaires, des militants des droits de l’homme de l’intérieur de la Syrie. Je suis les graves atteintes aux droits de l’homme commises par le régime de Bachar Al Assad. Selon des sources sûres, plusieurs responsables militaires et des soldats ont fui barrages et casernes depuis l’attaque chimique et les annonces de frappes contre la Syrie. Certains pensent que ces militaires ont rejoint l’opposition, alors que d’autres sources évoquent leur fuite. Lorsque j’étais dans la mission d’observation, j’avais senti que les militaires avaient le moral au plus bas. C’est peut-être pour cela que le régime a appelé à l’aide les forces armées iraniennes ou le Hezbollah, ou même l’Irak. Je crois que l’armée légale est complètement effondrée, selon des témoignages de militaires encore en poste. D’autres sources avancent aussi que Bachar Al Assad pourrait attaquer à l’arme chimique des minorités pour tenter de modifier un rapport de forces qui n’est plus en sa faveur.

 

– A l’époque, vous aviez accusé la Ligue arabe de produire de faux rapports. Quel rôle peut-elle jouer dans le nouveau rapport de forces qui se dessine ?

Je n’ai pas accusé directement la Ligue arabe d’avoir falsifié les rapports, mais plutôt la mission d’observation arabe, son chef, le général Eddabi, et sa salle d’opérations à Damas. J’ai aussi accusé certaines missions de faire de l’espionnage au profit du régime d’Al Assad, comme c’est le cas de la mission irakienne. C’est ce que j’ai écrit avec documents et photos dans mon livre La révolution d’une nation, paru en Arabie Saoudite. Malheureusement la Ligue arabe a adopté les rapports du général Eddabi malgré le fait qu’elle soit au courant des irrégularités. Elle les a même communiqué à l’ONU. Quant au rôle de la Ligue arabe actuellement, il n’est que formel. La Ligue a perdu toute crédibilité chez le peuple syrien qui se fait massacrer depuis deux ans et demi. La mission arabe aurait pu éviter à la Syrie toutes ces destructions et ces milliers de morts. Reconstruire la Syrie après toutes ces destructions nécessitera la participation de tout le monde et beaucoup d’argent. Il faut s’attendre à un rôle de premier ordre pour le Qatar et l’Arabie Saoudite.

 

– Que pensez-vous de l’accusation d’utilisation d’armes chimiques par l’armée syrienne ?

L’armement chimique a été employé à plusieurs reprises. Ce n’est qu’une étape dans les crimes du régime qui a commencé par des snipers, puis des mortiers, puis des chars, puis des barils explosifs, puis l’aviation et les missiles. Si le régime n’est pas puni, il pourrait employer d’autres armes dangereuses bactériologiques… L’opposition ne peut pas utiliser ce genre d’armes dans ses propres villages. Et à ceux qui s’interrogent sur l’utilisation des armes chimiques 48 heures après l’arrivée des inspecteurs de l’ONU, je rappelle que le bombardement avec obus de char du quartier Baba Amrou et l’explosion d’une voiture piégée le 27 décembre 2012 lorsque notre mission d’observation était sur place étaient destinés à nous faire constater la présence de «terroristes». Et c’est ce qui s’est passé avec la mission onusienne, car des massacres ont eu lieu avant et après son arrivée sur les lieux. C’était aussi une manière de gagner du temps pour Bachar Al Assad qui voulait bloquer l’avancée de l’opposition armée qui s’approchait de Damas. Des militaires syriens m’ont affirmé que c’est le régime qui a utilisé les armes chimiques, pensant qu’il ciblait des combattants de l’opposition alors qu’il s’agissait de refuges pour des familles.

 

– Lakhdar Brahimi vient de rappeler que la solution politique est la seule. Un commentaire ?

On ne peut réfléchir à une solution politique avec un régime qui a massacré plus de 150 000 Syriens, allant même jusqu’à utiliser des armes chimiques. La solution politique ne peut être opérationnelle qu’après la chute du régime d’Al Assad. Parce que la Syrie entrera alors dans le chaos avec des affrontements entre les différents groupes de combattants aux idéologies divergentes. Le pari Brahimi concernant cette solution politique n’est qu’une tentative pour asseoir l’impunité. Brahimi n’a même pas pu imposer la trêve de l’Aïd quand le régime utilisait l’aviation, alors maintenant qu’on en est à l’arme chimique…

 

– Les frappes auraient pour objectif, d’après certains analystes, de débloquer le statu quo qui promet de plomber Genève 2. Après le chaos irakien et libyen, les Américains ne souhaitent pas le départ de Bachar Al Assad, mais ils espèrent sans doute que les frappes permettent aux rebelles d’avancer et donc, d’arriver dans une nouvelle position à la table des négociations ?

Si les frappes militaires n’ont pas pour objectif la chute du régime et la destruction de son arsenal chimique, alors il ne s’agira que d’une gesticulation occidentale qui va faire durer le drame syrien. Car il est vrai que l’Occident doit prendre en considération plusieurs paramètres dans sa gestion de la crise : la sécurité d’Israël, les armes chimiques, les groupes djihadistes, les alliés d’Al Assad et le nouveau régime. Quant à Genève 2, je crois qu’il faut arriver à se réunir mais sans le régime de Bachar Al Assad. On ne peut aller à cette rencontre en sacrifiant les principes humanistes et les lois internationales qui criminalisent Al Assad.

 

– Comment voyez-vous l’après-attaque ? Certains éléments, comme la réaction du Hamas ou du Hezbollah, peuvent peut-être échapper aux Occidentaux.

Le mouvement Hamas a exprimé une position hostile au régime d’Al Assad et ne peut s’engager dans cette bataille, avec en plus une situation difficile avec les événements d’Egypte. Quant au Hezbollah, il a déjà perdu dans sa guerre en Syrie ce qu’il n’avait pas perdu lors de la guerre de l’été 2006. Il n’aura pas d’autre choix que de se retirer au Liban. Et je ne crois même pas qu’il tentera quelque chose contre Israël pour sauver les meubles.

Adlène Meddi, Mélanie Matarese

 

EL WATAN 30/08/2013

LA SOURCE

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